Note d’orientation : Recommandations et tarifs minimaux relatifs aux personnes aînées et gardiennes du savoir, et à leurs auxiliaires

Document évolutif élaboré par le Collectif des protocoles autochtones avec l’appui de CARFAC National et de l’Association des éditeurs autochtones

Contexte

Le Collectif des protocoles autochtones (Indigenous Protocols Collective) est un réseau d’artistes autochtones, de travailleur·euse·s culturel·le·s et de gardien·ne·s du savoir traditionnel qui encouragent le respect des protocoles culturels autochtones dans le domaine des arts. Cette note d’orientation a été élaborée de manière collaborative par CARFAC National et l’Association des éditeurs autochtones (Indigenous Editors Association) afin de recommander des tarifs minimaux et des pratiques exemplaires en matière de rémunération des personnes aînées et gardiennes du savoir qui consacrent de leur temps à partager leurs connaissances et leurs conseils en matière culturelle dans le secteur des arts visuels.

Ces recommandations sont fondées sur des entretiens menés avec des aînés, des gardien·ne·s du savoir et des administrateur·trice·s artistiques autochtones de tout le Canada, dont les citations apparaissent en vert et en italique. Elles reflètent les principes de réciprocité, de respect et de responsabilité relationnelle qui sous-tendent les systèmes de connaissances autochtones.

Ce recueil de directives est un document voué à évoluer en fonction des commentaires et des pratiques de la communauté.

Positionnement

CARFAC National milite depuis longtemps en faveur d’une rémunération équitable pour le travail des artistes. La présente note d’orientation élargit ce combat aux personnes aînées et gardiennes du savoir, reconnaissant que le travail culturel et spirituel mérite tout autant une rémunération équitable, transparente et cohérente. Ce barème des tarifs a été créé spécifiquement pour le secteur des arts visuels, car il arrive régulièrement que des aîné·e·s soient invité·e·s à participer à des événements tels que des cérémonies d’ouverture d’expositions, des consultations, des séances de témoignages, etc.

L’importance particulière des personnes aînées et gardiennes du savoir‍ ‍

Les personnes aînées et gardiennes du savoir se définissent de nombreuses façons, car elles et ils possèdent des responsabilités et des connaissances différentes. Au cours de nos entretiens, un thème commun est souvent revenu au sujet des personnes aînées et gardiennes du savoir : la validation de leur rôle commence par la reconnaissance et l’acceptation des communautés autochtones qu’ils servent.

Les personnes aînées et gardiennes du savoir sont des êtres précieux possédant une dimension sacrée, car elles et ils détiennent des connaissances en matière de langue et de culture, qui doivent être préservées pour assurer la transmission.

« Les aîné·e·s sont nos experts, nos comités d’examen, nos médiateurs en cas de conflit, nos consultants historiques, et bien plus encore. Leur charge de travail se compare à celle d’une équipe entière. Le niveau de ces gardien·ne·s du savoir équivaut à un doctorat. »

Principes directeurs et considérations

Réciprocité et relations

Le protocole général veut que l’on inclue des personnes aînées et gardiennes du savoir autochtones du territoire sur lequel est basé notre organisme. Faites des recherches et familiarisez-vous avec les peuples autochtones de ce territoire. Le site indigenousprotocols.art vous procurera des informations utiles.

L’engagement auprès des personnes aînées et gardiennes du savoir est avant tout relationnel, et non transactionnel. Efforcez-vous d’établir des relations de confiance à long terme lorsque c’est approprié. Le paiement d’honoraires et les cadeaux représente un moyen de reconnaître le temps, la préparation et le travail spirituel nécessaires au partage des connaissances. Il est essentiel d’établir des relations, de gagner la confiance de vos invité·e·s et de maintenir une communication continue.

Travailler avec des personnes aînées et gardiennes du savoir nécessite un discernement qui s’acquiert avec le temps et l’expérience.

« Ne laissez pas votre égo entraver votre travail. »

Pertinence‍ ‍

Il est également judicieux de solliciter des personnes aînées et gardiennes du savoir qui possèdent des connaissances et une expérience pertinentes pour l’événement ou les espaces auxquels vous les convierez. À titre d’exemple, si vous recherchez un aîné ou une aînée pour prononcer une prière d’ouverture lors du vernissage d’une exposition, la coutume veut que vous invitiez une personne autochtone de la région où vous vous trouvez. Tous les aînés et aînées possèdent des connaissances importantes pouvant être partagées; toutefois, dans un tel cas, il sera préférable de chercher une personne possédant une expérience artistique ou créative plutôt qu’une personne active en éducation ou dans l’élaboration de politiques, par exemple. Ainsi, la personne invitée se sentira peut-être plus à l’aise pour parler de sujets liés à son expérience. Il arrive parfois même que certains aîné·e·s veillent à ce que le message de l’organisme corresponde au leur.

« Certaines interventions sont réservées des mois à l’avance. Les aîné·e·s ne disposent pas d’un temps illimité ; elles et ils se retrouvent souvent, à l’âge de la retraite, à travailler 70 heures par semaine, jonglant avec les responsabilités institutionnelles. Cela leur laisse-t-il du temps pour être avec leur communauté et leur famille ? Leur temps est-il utilisé efficacement ? Cochons-nous simplement des cases « à faire », ou recherchons-nous des conseils spécifiques ? Et si nous obtenons ces conseils, allons-nous les suivre ? »

Respect du protocole

Certain·e·s aîné·e·s exigent la présence de protocoles traditionnels liés à des produits comme le tabac, les herbes ou d’autres plantes, le miel, des tissus, etc. Répondez à ces demandes avec respect.

Il se peut que des aîné·e·s, ne considérant pas leurs enseignements comme étant de nature transactionnelle, ne demandent pas de compensation, voire refusent une rémunération. Néanmoins, à moins qu’une telle offre ne soit considérée comme irrespectueuse, nous vous recommandons de toujours rémunérer les aîné·e·s qui vous ont consacré du temps. Envisagez d’offrir un cadeau d’une valeur égale ou supérieure à la compensation proposée; renseignezvous à l’avance sur ce qui est approprié à votre cas.

N’interrompez pas la personne aînée, ne la pressez pas, ne lui coupez pas la parole lorsqu’elle s’exprime, surtout si vous l’avez invitée à partager ses connaissances. Assurez-vous que vous et votre équipe êtes conscients de ces exigences avant le début de la rencontre. Si nécessaire, prévoyez du temps supplémentaire dans votre programme d’événements pour faire laisser un espace de transition. À la fin de l’intervention, veillez à exprimer votre sincère gratitude pour les connaissances qui ont été partagées. La nourriture joue également un rôle central dans la manière dont nombre d’Autochtones tissent des liens et établissent des relations.

Dans la mesure du possible, servez une collation. Une bonne bannique, une soupe et du thé Red Rose sont toujours bienvenus.

« Consultez les aîné·e·s quant à leurs préférences pour le déroulement de la cérémonie. Par exemple, demandez-leur s’ils préfèrent que l’ouverture ait lieu avant que des mets ou de l’alcool ne soient servis, le cas échéant. »

Transparence et planification

Discutez des méthodes et des protocoles de paiement dès le début du processus de planification. Précisez quand et comment le paiement sera effectué, et veillez à ce que ce soit fait rapidement après la prestation. N’oubliez pas que, souvent, la préparation spirituelle débute bien avant un événement et se termine après la fin de la prestation, et que la rémunération doit en tenir compte. Le paiement en espèces est parfois préféré au virement électronique, si cela vous est possible sur le plan administratif.

« Nous devons accorder aux connaissances des aîné·e·s la même valeur qu’aux connaissances universitaires. Ainsi, nous devons faire une distinction entre les honoraires de base et les honoraires de conférencier. Neuf fois sur dix, les membres des communautés sous-estiment la valeur de leur prestation. »

Accessibilité et soutien

Certain·e·s aîné·e·s ont besoin d’aide pour le transport, l’interprétation, l’administration, ou encore l’accessibilité physique. Au cours de nos entretiens, nous avons entendu dire à plusieurs reprises que des aîné·e·s partageaient leurs honoraires avec leurs auxiliaires. Ce problème peut être résolu à l’échelle institutionnelle. Les auxiliaires devraient recevoir une rémunération et des cadeaux distincts. Les personnes aînées et gardiennes du savoir peuvent également avoir besoin de soutien pour s’y retrouver dans les procédures administratives institutionnelles, si nécessaire. Veillez à ce que l’aide administrative dont elles et ils ont besoin pour remplir les documents nécessaires leur soit fournie par l’intermédiaire de l’institution ou de leur auxiliaire.

« Il importe de rémunérer équitablement les aîné·e·s afin de manifester des valeurs conformes à des termes tels que réciprocité et décolonisation, lesquels sont utilisés fréquemment, et souvent à tort et à travers. »

Offrande de cadeaux

Lorsque vous offrez un cadeau, privilégiez des articles authentiques fabriqués par des Autochtones. Envisagez des cadeaux pratiques tels que des thés, des couvertures, des objets artisanaux, des confitures, etc. En cas de doute, demandez ce qui serait le plus apprécié ou le plus utile.

Tarifs minimums recommandés (2026)

Reconnaissance du territoire, prière d’ouverture et/ou de clôture 475 $ + cadeau

Honoraires de conférencier 1000 $ + cadeau

Rôle d’assistanat/de soutien 300 $/jour + cadeau

Ces tarifs reflètent les moyennes mentionnées par les aîné·e·s et les administrateur·trice·s artistiques autochtones. Les organismes situés en contextes urbains, institutionnels et gouvernementaux devraient payer davantage que les minimums. En plus des honoraires minimaux, couvrez les frais de déplacement, d’hébergement et de repas de tous les participants.

Considérations fiscales

Exonération fiscale : Les personnes aînées et gardiennes du savoir qui travaillent dans des réserves bénéficient d’une exonération d’impôt. Des efforts sont actuellement déployés pour obtenir l’exonération fiscale de tous les honoraires et autres rémunérations versés aux personnes aînées, quel que soit le lieu où leur prestation s’est déroulée.

Questions relatives à l’engagement éthique

Avant d’inviter une personne aînée ou gardienne du savoir, assurez-vous que votre équipe est en mesure de répondre aux questions suivantes :

● Avons-nous demandé à cette personne quels sont les protocoles appropriés et quelles formes de rémunération elle préfère?

● Avons-nous veillé à ce que le paiement sera effectué rapidement et conformément aux préférences de chacune des personnes aînées et gardiennes du savoir?

● Nous sommes-nous procuré un cadeau approprié, idéalement fabriqué par des Autochtones?

● Les frais de déplacement, de repas et d’hébergement sont-ils pris en charge ? Si ce n’est pas le cas, avons-nous veillé à couvrir tout ce dont l’aîné·e invité·e aura besoin pendant toute la durée de ce séjour?

● Avons-nous réservé du temps au repos, à l’approfondissement des relations et au renforcement des liens à la communauté?

● Avons-nous prévu une rémunération pour les auxiliaires ou les personnes mentorées?

● Avons-nous clairement communiqué à notre personnel qu’il ne faut pas presser ou interrompre une personne aînée ou gardienne du savoir lorsqu’elle s’exprime?

Remerciements

Nous remercions les personnes aînées et gardiennes du savoir ainsi que les administrateur·trice·s artistiques autochtones qui ont apporté leur expérience et leur sagesse à ce travail. Leur générosité exerce une influence continue sur la manière dont les artistes, les organismes et les institutions abordent le savoir autochtone.

Nous remercions la Indigenous Editors Association pour son financement et son soutien à la recherche, qui ont permis de concrétiser cette initiative.

Rétroaction de la communauté

Nous avons conscience qu’il se peut que des Autochtones émettent des commentaires, des questions ou des préoccupations après avoir lu la présente note d’orientation. Les demandes de renseignements peuvent être adressées à larissa@carfac.ca. Nous avons également conscience que le travail des personnes aînées et gardiennes du savoir est complexe et nuancé, et rappelons que le présent document est appelé à évoluer.‍ ‍